Les cahiers du matin

J’écris 3 pages tous les matins depuis plus de 10 ans. Ça me prend environ 20 minutes. 

Les cahiers du matin sont ainsi devenus une matière que j’ai sous la main et qui n’était pas destinée à être partagée.

Cet objet intime que je partage est un élément déclencheur pour une série de performances. Il n’en est pas le point central.

Les cahiers du matin – performance #1 : 927 rue Marie-Anne est

J’ai un de mes cahiers des pages du matin en main. 

Je sais exactement où je veux aller avec le groupe qui m’accompagne. Nous sommes réunis dehors aux pieds des escaliers de la sortie de secours du bâtiment du Conservatoire de Montréal. C’est là que s’est terminé la performance de Camille. Il fait mi-soleil mi-est ce qu’il va pleuvoir?

Nous sommes en cercle reclus dans un coin. Je regarde dans les yeux d’une personne et puis de chaque personne un peu vite peut-être je pense. J’ai le cœur qui bat fort. Je l’entends. Qu’est ce qui m’arrive? Je me pensais plus forte. J’ouvre le cahier en plein milieu et je lis à haute voix ces phrases intimes et mécaniques. Après une dizaine de mots, je fais un choix déterminant instantané pas prévu qui va me mettre en transe sans que je m’en aperçoive. Je marche à reculons. Après avoir regarder chacun dans les yeux, je ne pouvais pas leur tourner le dos ! Ce choix me dépasse. C’est là que tout à commencer. 

Le parcours a duré 20 minutes. il y a eu des frayeurs pour le groupe de me voir partir à reculons déterminée surtout pour traverser une route. Heureusement que ça n’a pas été une route folle mais quand même le groupe a bien senti que je n’avais pas tout à fait le contrôle à cause de l’état. Leurs mains sont venues se déposer sur mes épaules en signe de nous sommes là, nous te soutenons, nous te disons aussi : on te guide. L’art n’est plus de l’art. Le public et l’artiste. Le public devient artiste. La réaction devient un art.

La police nous a suivi un moment. Un homme sur le trottoir a tiré une drôle de tête quand il nous a vu vers lui et quelqu’un parlé tout haut marché en arrière. Là j’ai prononcé le mot « tête ». Plusieurs fois les mots du cahier ont fait surface avec la réalité. Le parcours s’est terminé à un endroit qui m’est très sensible en face de mon premier domicile quand je suis arrivée à Montréal en 2003.

927 rue Marie-Anne est :: mon premier domicile à Montréal :: performance numéro 1 :: avril 2019.